Mercredi 28 septembre 2011
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Eh oui les loulous, les vacances c'est fini, mais le but de cet article n'est pas vraiment de suivre toute la presse française dans ce marronnier tenace qu'est la rentrée des classes. Si cette
rentrée avait été comme les autres, je n'en aurais pas parlé. Mais voilà, cette année, c'est différent. Septembre 2011, c'est le bordel.
Cette année, je rentre en L3 à Lyon 2, bientôt je serai chez les grands, en master. Mais cette année, c'est un chemin de croix pour tout le monde, et autant dire que ma double licence n'est qu'un
problème de plus dans une longue liste à laquelle on peine à trouver des responsables.
Les emplois du temps introuvables, jamais mis en ligne, les cours qui se chevauchent, les créneaux de TD supprimés, les cours à 50 dans une salle étouffante de 35 places, les listes de présence
longues comme un jour sans Coca Light, les informations erronées, les profs qui se lamentent de devoir faire pratiquer une langue à une demi-centaine d'étudiants intimidés, les gueulantes contre
l'administration, contre l'incompétence, contre le gouvernement, contre tout.
L'administration de Lyon 2, comme celle de toutes les facs je pense, a toujours été un peu cafouilleuse. Il y avait toujours untel qui était inscrit comme défaillant alors qu'il avait validé ses
partiels, une connaissance qui avait été placée en allemand niveau C2 alors qu'elle savait à peine dire Oktoberfest, ce genre d'erreurs facilement rectifiables après une ou deux visites
au secrétariat (car généralement, le secrétariat qu'on va voir en premier n'est pas le bon pour traiter le problème). Cette année, ce n'est plus du cafouillage, c'est le chaos. Certains cours ne
dureront que 7 semaines, sur un semestre qui en fait 12. Certains cours commenceront seulement début novembre, car il n'y a pas de professeurs. Les emplois du temps affichés un vendredi dans un
minuscule couloir bondé ont été immédiatement modifiés par manque de moyens humains : cours supprimés, décalés, reportés. Il n'y a pas de plan B, alors on a dit aux étudiants qui étaient inscrits
dans un cours annulé de se présenter à n'importe quel autre créneau horaire pour cette matière ; c'est comme ça qu'on aboutit à des TD surchargés, où la moindre minute de retard signifie qu'on
n'aura ni table, ni chaise parfois, qu'on ne verra pas le tableau et qu'on entendra très mal le professeur. Des salles minuscules débordent alors qu'on sait qu'il y en a de plus grandes,
peut-être même vides.
Au début de l'année, nous avons dû choisir une option. J'ai opté pour "Communication médiatique" et me suis donc retrouvée mardi dans le cours de "Pratiques rédactionnelles spécialisées", où nous
étions confortablement installés : 30 étudiants dans une salle d'au moins 60 places. Cette option n'ayant pas été la plus demandée, nous avons la chance d'avoir de la place. Mais alors pourquoi
le TD, commun à tous les étudiants, d'analyse du discours a-t-il lieu dans une petite salle de 40 places?
Il est tentant de chercher un bouc émissaire. Sur le groupe Facebook des étudiants de Communication, il était fréquent de critiquer, voire pour les indélicats d'insulter nommément la secrétaire
de notre option. Sauf que cette année, on ne peut pas lui reprocher de ne pas répondre au téléphone, ou aux mails. Il suffit d'aller la voir pour comprendre : surmenée, malade, noyée dans les
plaintes et le défilé des étudiants mécontents, ou qui tout simplement n'ont pas su lire correctement une liste ou n'ont pas vérifié leurs mails avant de venir la voir, avec par-dessus le marché
une refonte inopportune du système informatique. Ce n'est pas du secrétariat qu'elle fait, c'est une démarche stakhanoviste pour essayer de maintenir à flot une barque percée. Pour donner une
idée de la situation de la fac, une des options a été reportée à octobre, parce que son professeur a été réquisitionné pour... former les secrétaires. Lyon 2 n'a pas les moyens de s'offrir un
intervenant extérieur.
Lyon 2 n'a pas les moyens tout court. L'autonomie des universités est en train d'amorcer sa mise à mort. Je pense que les cours ne se dérouleront pas de façon "normale" avant au moins mi-octobre,
voire la rentrée des vacances de la Toussaint. Ca fait presque la moitié du semestre, perdu en soucis administratifs, en cauchemars budgétaires. Lyon 2 ne peut pas se permettre de payer tous les
professeurs nécessaires. Lyon 2 doit affronter un nombre record d'étudiants. Parfois, je grince des dents devant nos salles informatiques, toutes stupidement équipées de jolis MacBook inutilement
portables puisque protégés du vol par un solide cadenas, au lieu de classiques PC Dell vendus avec un prix de gros. Souvenirs de jours meilleurs, de fastes subventions, sûrement ; maintenant les
professeurs paient de leur poche les feutres pour le tableau, ne font plus de photocopies, n'ont plus de crédits.
Mon université va mal, plus que mal. Mon université est pauvre, surmenée, fébrile. Chaque semaine un nouveau communiqué dans la langue barbare de l'administration pour faire le point : tel TD
commence tel jour, tel CM est reporté, telle option est annulée. Alors comme tous les étudiants, j'attrape mon emploi du temps fluctuant et j'inscris les nouveautés qui ne seront peut-être plus
d'actualité demain. Mon université va mal, et je ne sais vraiment pas quoi faire.
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